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Crise passagère ou incompatibilité profonde : comment savoir ?

Vous traversez une période difficile et vous vous demandez : est-ce que ça va passer, ou est-ce le signe que quelque chose ne va pas fondamentalement ? C'est l'une des questions les plus douloureuses qu'un couple puisse se poser. La bonne nouvelle : il existe des critères scientifiques pour y répondre, et la réponse n'est pas toujours celle qu'on craint.

La distinction fondamentale de Gottman : problèmes solubles vs problèmes perpétuels

John Gottman, après trente ans de recherche sur plus de 3 000 couples, a établi un fait qui change tout : 69 % des conflits dans un couple ne se résolvent jamais. Ce chiffre surprend, mais il est libérateur. La plupart des désaccords que vous avez avec votre partenaire — sur l'argent, l'organisation domestique, la fréquence de certaines conversations — ne trouveront pas de solution définitive. Ce sont ce que Gottman appelle des « problèmes perpétuels » : des différences de caractère, de valeurs ou de besoins qui reflètent qui vous êtes en tant qu'individus.

Les 31 % restants sont des « problèmes solubles » : des désaccords circonstanciels, souvent liés à une situation externe, qui peuvent effectivement se résoudre. La question n'est donc pas « avons-nous des conflits ? » — tous les couples en ont — mais plutôt « quel type de conflits avons-nous, et comment les gérons-nous ? »

Les crises passagères : reconnaître les déclencheurs externes

Bodenmann, spécialiste du coping dyadique, définit les crises passagères comme des perturbations causées par un stress externe qui dépasse momentanément les ressources du couple. Une perte d'emploi, un déménagement, une naissance, un deuil, une maladie : ces événements concentrent toute l'énergie disponible sur la survie immédiate, laissant peu de place à la connexion émotionnelle. Les tensions qui en résultent sont réelles et douloureuses, mais elles portent une signature temporelle claire. Selon Bodenmann, les couples qui traversent ces crises avec un sentiment de « nous » intact — c'est-à-dire une solidarité perçue — en sortent souvent renforcés.

Carrese-Chacra et al. (2023), qui ont suivi des couples pendant 20 mois durant le COVID, confirment ce principe : la tension financière et la menace perçue réduisent la satisfaction, mais le coping dyadique commun — le fait de gérer le stress comme une équipe — atténue l'impact. Cependant, cet amortisseur s'épuise avec le temps, ce qui explique pourquoi une crise passagère peut se transformer en crise chronique si elle n'est pas adressée.

  • ✦ La tension est récente et associée à un événement ou une période identifiable
  • ✦ En dehors de ce stress, vous partagez les mêmes valeurs fondamentales et la même vision de vie
  • ✦ Vous pouvez encore vous parler avec un minimum de respect, même quand c'est difficile
  • ✦ Vous êtes tous les deux motivés à traverser cette période ensemble, pas à vous en sortir séparément
  • ✦ Quand vous imaginez la situation résolue, vous vous voyez toujours ensemble et heureux

Les signaux d'une incompatibilité plus profonde

Une incompatibilité profonde ne se mesure pas au nombre de disputes ou à leur intensité. Elle se mesure à leur nature et à la façon dont elles sont vécues. Gottman a identifié quatre comportements qu'il appelle les « Quatre Cavaliers de l'Apocalypse » conjugale : la critique systématique de la personnalité de l'autre (et non du comportement), le mépris, l'attitude défensive permanente, et la fermeture totale au dialogue — ce qu'il nomme le « stonewalling ». Lorsque ces dynamiques s'installent durablement, elles signalent non plus une crise mais une érosion structurelle du lien.

  • ✦ Les mêmes conflits reviennent depuis des années sans aucune évolution dans la manière de les aborder
  • ✦ Vous ressentez du mépris — ou en recevez — de façon régulière, même hors des disputes
  • ✦ Vos désaccords portent sur des valeurs fondamentales : désir d'enfants, argent, fidélité, engagement
  • ✦ L'un de vous s'est émotionnellement retiré depuis longtemps et ne cherche plus à se reconnecter
  • ✦ Vous ne vous soutenez plus dans les moments difficiles extérieurs au couple

Le mépris : le signal le plus fiable

Parmi tous les indicateurs étudiés par Gottman, le mépris est le seul qui prédit à lui seul la séparation avec une précision remarquable. Il se manifeste par des soupirs d'exaspération, des regards en coin, l'ironie blessante, ou le fait de traiter l'autre comme inférieur. Ce n'est pas la colère — la colère signifie encore que vous vous battez pour quelque chose. Le mépris signifie que vous avez cessé de voir votre partenaire comme un égal et un allié.

Le test de la base sécurisante selon Johnson

Susan Johnson, créatrice de la thérapie focalisée sur les émotions (EFT), propose une grille de lecture différente et complémentaire. Pour elle, la santé d'un couple repose sur la qualité du lien d'attachement entre les deux partenaires. Sa question centrale est simple : votre partenaire est-il encore votre « base sécurisante » ? Lorsque vous avez peur, lorsque vous êtes vulnérable, lorsque vous échouez — pouvez-vous encore vous tourner vers lui ou elle et recevoir une réponse chaleureuse ? Si oui, le lien est intact, même s'il est abîmé. Si la réponse est non depuis longtemps — si vous avez appris à vous cacher de votre partenaire plutôt qu'à vous appuyer sur lui — c'est un signal structurel plus sérieux.

Le rôle du stress dans la lecture de la crise

Une mise en garde importante : le stress déforme la perception. L'étude PMC (2024) sur 97 et 99 couples a montré que le stress financier pousse à interpréter les comportements neutres du partenaire comme hostiles. Ce mécanisme ne se limite pas aux finances : tout stress intense — professionnel, parental, de santé — contamine la lecture de la relation. Ce que vous vivez comme « notre couple ne fonctionne plus » est parfois « je suis épuisé et je vois tout en noir ». Bradbury et Fincham (1990) ont montré que ces attributions négatives — attribuer les erreurs du partenaire à des causes internes et stables — façonnent la trajectoire du couple bien au-delà de la situation ponctuelle.

Gordon et Chen (2014) apportent un éclairage complémentaire : une mauvaise nuit de sommeil diminue de 60 % les capacités de résolution de problèmes le lendemain. La méta-analyse Sleep Medicine Reviews (2024) sur 43 860 sujets confirme que 30 % de la qualité du sommeil est déterminée par le partenaire et la relation. Un couple en crise qui dort mal entre dans un cercle vicieux où chaque journée commence avec moins de ressources émotionnelles que la précédente. Avant de conclure à l'incompatibilité, il peut être utile de se demander : suis-je en état de voir clair ?

Le modèle d'investissement : pourquoi on reste, pourquoi on part

Rusbult (1980) a proposé un modèle qui prédit avec précision la décision de rester ou partir. Trois facteurs entrent en jeu : la satisfaction actuelle, la taille de l'investissement (temps, enfants, projets communs, identité partagée), et la qualité perçue des alternatives. Ce modèle est utile non pas pour justifier une décision, mais pour la décomposer. Parfois, on reste non par satisfaction mais par peur des alternatives. Parfois, on veut partir alors qu'il reste une satisfaction réelle, simplement obscurcie par une crise intense. Distinguer ces deux situations change tout.

Problèmes perpétuels : gérer plutôt que résoudre

Revenons au chiffre de Gottman : 69 % des conflits sont perpétuels. Cela signifie que même dans les couples heureux et stables, il existe des désaccords profonds qui ne disparaîtront jamais. La différence n'est pas l'absence de ces conflits, mais la façon dont ils sont habités. Les couples épanouis ont appris à « dialoguer avec » leurs problèmes perpétuels plutôt qu'à les « résoudre ». Ils peuvent en parler avec humour, avec tendresse, avec la conscience que ces différences font partie de qui ils sont chacun. Les couples en danger, eux, restent bloqués, s'enlisent, et laissent les mêmes sujets devenir de plus en plus chargés émotionnellement au fil du temps.

La question clé : avez-vous un dialogue vivant sur vos différences ?

Si vous pouvez parler de vos désaccords sans que la conversation tourne immédiatement à l'affrontement ou au silence — si vous pouvez aller jusqu'à rire ensemble de certaines de vos divergences — vous avez un fondement solide, même en période de crise. Si ces sujets sont devenus des zones minées qu'aucun de vous n'ose approcher, il peut être utile de chercher un espace tiers pour y revenir ensemble en sécurité.

Ce que vous pouvez observer dès maintenant

  • ✦ Pouvez-vous encore vous faire rire mutuellement, même en période de tension ?
  • ✦ Quand votre partenaire a une bonne nouvelle, avez-vous envie de la partager avec lui ou elle en premier ?
  • ✦ Lorsqu'un problème survient dans votre vie professionnelle ou personnelle, vous tournez-vous encore vers lui ou elle ?
  • ✦ Y a-t-il encore des moments, même brefs, où vous vous sentez alliés plutôt qu'adversaires ?
  • ✦ Le respect mutuel — même blessé, même silencieux — est-il encore présent dans vos échanges quotidiens ?

Ces questions n'ont pas de bonne ou de mauvaise réponse universelle. Elles servent à situer votre couple sur un spectre — non pas pour décider de son avenir en un instant, mais pour nommer honnêtement ce qui est vivant et ce qui s'est éteint. Une crise, même longue, n'est pas une sentence. Mais ignorer les signaux profonds non plus.

Tandem vous aide à mettre des mots sur ce que vous traversez et à observer ensemble si votre couple est en crise passagère ou face à quelque chose de plus structurel — sans jugement, avec méthode.

Sources scientifiques

  • Gottman, J. M. (1999). Seven Principles for Making Marriage Work. Crown Publishers.
  • Bodenmann, G. (2005). Dyadic Coping and its Significance for Marital Functioning.
  • Johnson, S. M. (2004). The Practice of Emotionally Focused Couple Therapy. Brunner-Routledge.
  • Carrese-Chacra, E., et al. (2023). Longitudinal effects of pandemic stressors and dyadic coping on relationship satisfaction during COVID-19. Family Relations, 72, 645–664.
  • Multiple authors (2024). PMC — How individuals perceive their partner's relationship behaviors when worrying about finances.
  • Bradbury, T. N., & Fincham, F. D. (1990). Attributions in marriage: Review and critique. Psychological Bulletin.
  • Gordon, A. M., & Chen, S. (2014). The Role of Sleep in Interpersonal Conflict. Social Psychological and Personality Science.
  • Multiple authors (2024). Sleep Medicine Reviews — The association between couple relationships and sleep.
  • Rusbult, C. E. (1980). Commitment and satisfaction in romantic associations. Journal of Experimental Social Psychology.

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